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13/02/2010

pédés, gouines, on vous insulte, n’oubliez pas de dire merci !





comment ne pas être en colère et avoir la haine qui pousse dans le coeur quand on voit les pédés se laisser insulter régulièrement sur les plateaux télé ?
Christian Vanneste a élargi une brèche dans la liberté d'expression en ce qui concerne l'homosexualité où d'autres s'engouffrent. leur liberté d'expression a de moins en moins de limites. le vip moyen à l'argumentaire médiocre peut tout dire, il ne sera pas condamné.
lors de l’émission Cactus, animée par Géraldine Muhlmann sur Paris Première, Christine Boutin, Robert Ménard, Philippe Lellouch, Frank Tapiro s'en donne à coeur joie.
l'objet de cette déferlante de haine est un court film, "le baiser de la lune" de Sébastien Watel. un court-métrage d'animation poétique qui aborde les relations amoureuses entre personnes du même sexe à l'intention des enfants de CM1/CM2. un film important, adapté à un très jeune public, avec la forme qu'il faut pour sensibiliser une jeune population qui baigne sans le savoir dans une homophobie hérité des parents et de leurs entourages. « pédé », un mot qui fuse dans la cour de récréation. il fait partie très tôt de leur vocabulaire. ils n'ont pas conscience du mot et l'utilisent comme une insulte, comme le relève le journaliste Claude Askolovitch. bref, ce film formidable qui devait être accompagné d'un livret pédagogique permettait enfin aux enfants de donner à réfléchir sur les questions de discrimination sexuelle.

Christine Boutin a donné l'impulsion à une nouvelle croisade en répétant que ce que l'on demande à un enfant c'est d'apprendre à lire, écrire et compter et Luc Chatel, le ministre de l'éducation a cédé en n’autorisant pas la diffusion du film dans les écoles. elle se régale, avec un air de ne pas y toucher. non, elle n'a rien contre les pédés, d'ailleurs elle a des amis homos ! et d'autres parlent aujourd’hui pour elle, les vannes sont ouvertes. qu'importe par ailleurs à la militante anti-pédé qu'ait été organisée une grande exposition à la Cité des Sciences intitulé "le zizi sexuel ou la sexualité expliquée aux 9-14 ans". Je rappelle qu'à 9 ans, un élève sans retard scolaire est en CM1.

Florilège
" j'ai envie que mes enfants aient une sexualité hétérosexuelle", "je n'ai pas envie que mes enfants voient ça".
Robert Ménard, ancien responsable de Reporters Sans Frontières, connu pour ses prises de position limites sur pas mal de sujets et qui un temps a rêvé d’être prêtre.
Ce  « ça » indéfini, ce sont deux petits poissons pédés qui essayent d’assumer leur amour !

"le sentiment amoureux chez les enfants, je m'en fous", "pendant qu'on y est, parlons de pornographie aux enfants".
Philippe Lellouch, acteur français, qui est aussi l'auteur de "j'en ai marre d'être juif, j'ai envie d'arrêter", un livre qui parle avec autodérision de la judéité aujourd'hui et des clichés sur les juifs.
et si on lui demandait de remplacer « gay» par « juif» ? 

alors voilà, on a un journaliste hétérosexuel qui veut que sa fille ne soit pas gouine et un acteur qui fait un lien qu’il croit logique entre homosexualité et pornographie. pourquoi des peoples peuvent s'exprimer sur des sujets qu'ils ne connaissent pas? pourquoi leur donne t-on la parole? quelle valeur a cette parole? pourquoi n'y a t-il pas un gay ou une lesbienne assumés sur le plateau qui viendraient combattre ses propos?
même si c'est un gars que je n'aime pas trop, Claude Askolovitch s'est opposé intelligemment et avec humour à certains de ses propos ainsi qu’une jeune black qui n'a pas même été présentée.
qui est responsable de cette homophobie ordinaire, puante ? Les producteurs et animateurs de l’émission ? oui, sans doute. les peoples ont le pouvoir de faire savoir leurs positions sur tel sujet. cet accès aux plateaux télé leur donne des tribunes gratuites pour des propos gratuits dont ils ne tirent pas même les conséquences. quand bien même ils ne connaîtraient pas les sujets dont ils parlent. Christine Boutin, qui elle connaît le sujet, se frotte les mains. elle le combat depuis longtemps. rappelez-vous. elle avait organisé une manif où ses supporters catholiques extrémistes scandaient « les pédés au bûcher ». aujourd’hui, elle n’a même plus à ouvrir la bouche.
force est de constater que les pédés et les gouines n’en ont rien à faire. pourtant, ce sont les premiers visés. l’interdiction du poppers en France aura plus fait scandale dans notre communauté !
après tout, que valons-nous ? un député dit que nous sommes inférieurs aux hétérosexuels, nous restons tranquilles sur les terrasses des cafés du Marais. un journaliste et un acteur opèrent un glissement sémantique entre amours des personnes de même sexe et pornographie et nos associations communautaires se contentent de communiqués de presse. aucune n’a jusqu’ici eu l’idée d’intenter un procès, ne serait-ce que pour défendre des sujets qui les concernent au premier chef.
et dire que nombre de pédés et de gouines travaillent dans les différentes chaînes de télévision, nombreux sont ceux qui font partie de l'élite télévisuelle. aucun d’entre eux ne juge bon de rameuter ou de faire inviter les copains et copines militantes. de participer à un contre-pouvoir ou de faire en sorte qu’un vrai lobby de défense des gays s’installe.
non, sur les réseaux sociaux on se scandalise gentiment et l’on écrit le plus simplement du monde que de toutes manières Ménard, Lellouch sont des abrutis qui n’y connaissent rien. wow, trop fort !
alors, je rêve d’une communauté qui se mobilise, d’un leader gay ou lesbienne qui l’ouvre, présent sur les plateaux télés, qui irait au charbon parce que les insultes me remplissent de haine.
alors, je me dis que je devrais aller moi-même zapper ces connards. et leur faire payer. et tant pis si l’on me considère comme quelqu’un d’agressif.

pédés, gouines, on vous insulte, n’oubliez pas de dire merci !

28/06/2009

Des panthères, mais pour quoi faire?

Une panthère ça a du mordant, elle agrippe sa proie et ne la lâche pas.
Une panthère quand ça griffe, ça fait mal.
Une panthère, quand elle est à l’arrêt, observe d’un œil perçant et au moment opportun, attaque.

A Paris, nous avons aussi nos Panthères. Roses. Un groupe politique et identitaire trans-pédés-gouines (TPG) qui a fait son apparition suite aux présidentielles de 2002 gagnées par une droite à la campagne ultra-sécuritaire. Fin 2002, donc, ne trouvant pas « de réponse à la mesure [des] attaques parmi le mouvement LGBT », elles passent à l’action. S’ensuit une série d’apparitions publiques, de tractages, de réflexions censées bousculer les catégories de genre et répondre aux insultes homo-lesbo-transphobes.

Sur le papier, le postulat de départ est alléchant :
- analyser les systèmes politiques à l’origine des oppressions,
- résister à ces différentes formes d’oppression,
- abolir l’hétéro-patriarcat,
- re-questionner la notion d’hétérosexualité par un prisme politique et social,
- désinvisibilser les gouines,
- construire une convergence des luttes gouines, pédés et féministes,
- refuser l’assignation à la féminité et à la virilité dans leurs assertions classiques,
- revendiquer l’égalité des droits notamment pour l’accès au mariage tout en souhaitant abolir cette institution,
- réaffirmer que le féminisme est une démarche politique d’émancipation,
- favoriser l’auto-organisation des prostituées,
- combattre la hiérarchie entre les sexes,

Pour résumer, comme le disent les Panthères Roses : c’est organiser les luttes « avec toutes celles qui [le] veulent contre les effets de la domination masculine, sans exclure, dans le débat et la diversité des références culturelles, historiques, politiques, quotidiennes ».
Sur le papier, donc, c’est alléchant, mais dans la pratique, c’est une autre histoire…

Au-delà du réel désir de changer la société telle qu’elle nous est imposée et de faire bouger les frontières des genres, de renverser les assignations, ce groupe d’activistes manque d’un soupçon de regard analytique sur la réalité politique et sociale. En clair, de stratégie politique et de force de lobby, d'incarnation politique. Il reste, malheureusement, un arrière-goût uniquement idéologique et sans matière palpable.

Il me revient en tête la dernière action des Panthères Roses. C’était le 27 juin 2009, à la pride parisienne. Les Panthères bloquent le char de Gay Lib (jeune association, excroissance homosexuelle à dominante masculine de l’UMP, caution LGBT de Sarkozy).
Et je me questionne encore sur cette action, à part sans doute pour son intérêt symbolique et la visibilité pour le combat des Panthères durant la pride, et encore…
Gay Lib a ainsi beau jeu de vilipender ce « petit groupe d’anarchistes anti-démocratiques », comme dirait un membre de Gay Lib rencontré sur Facebook. Une réponse un rien convenu du berger à la bergère. Fin du débat et d’une polémique caricaturale.

Mon rêve de « Panthères Roses »

Ce serait un groupe de folles hystériques, de gouines trash, de pédés lyriques, de FTM encore fragiles, de MTF couillus, de bisexuels qui clament haut et fort leur double préférence sexuelle, de séropos pro-capotes and so on… Et surtout, surtout, un groupe politique qui connaît vraiment ses ennemis et ses amis. La tentative des Panthères de zapper Didier Lestrade pour une prétendue transphobie lestradienne intrinsèque, lors de la sortie de son livre Cheikh à la librairie des Mots à la bouche me reste encore en travers de la gorge. Voilà comment une certaine idée de la correction politique bloque des débats communautaires passionnants.

Donc, pour en revenir à nos panthères, ce serait un think tank trans-pédés-gouines. Un "groupe d'experts" ou un "groupe de réflexion" qui viserait à faire des propositions de politiques publiques. Un groupe de lobby, comme il en existe déjà au niveau européen.
Car, pour le coup, la radicalité des Panthères Roses fait du bien. Il ne lui manque qu’à être le maillon pro-actif qui manque encore entre les réalités individuelles et communautaires TPG et les politiques publiques.

Tant qu’à utiliser ses dents, autant s’agripper à nos réels ennemis, c’est-à-dire les institutions qui prétendent gérer nos vies.
Plutôt que d’égratigner, autant appuyer d’une patte aux griffes rentrées là où ça fait vraiment mal, c’est-à-dire sur les fragilités des pédés et gouines honteuses et remettre au goût du jour les menaces d’outing. Auront-elles ce courage-là, nos panthères radicales?
Plutôt que surgir sur ses proies à n’importe quelle occasion, autant se poser et mémoriser la topologie du paysage homo-lesbo-transphobe, pour encore mieux attaquer.

La morue barbue.


Quelques lignes de réflexions, qui ne manquent pas, pour les Panthères Roses intéressées :

- demander l’autonomie pour les jeunes trans-pédés-gouines subissant les pressions familiales ou de leur entourage proche.
- exiger des pouvoirs publics de réels soutiens pour de vrais lieux communautaires sans chantage mercantile,
- questionner l’identité jeuniste de la communauté,
- exiger la mixité dans les lieux communautaires,
- ouvrir les débats plutôt que de les fermer au nom de principes idéologiques,
- ouvrir le débat sur les dépendances à toutes les formes de produits psycho-actifs (alcool, drogues, médicaments, etc) et les éventuels effets sur les prises de risques sexuels ou psychologiques,
- exiger la mise en place d'une réelle entité qui mettrait à disposition les documents de toute notre histoire communautaire aux chercheurs, toutes disciplines confondues,
de tous horizons. Car ce qui fait aujourd'hui défaut dans notre communauté, c'est l'analyse de toutes les données sociologiques, historiques, politiques, économiques, anthropologiques, culturelles des différents mouvements et courants nées au sein de celle-ci.
- prendre le temps de questionner, de bousculer, les aînés militants qui, par moments, ont une tendance un peu facile à se poser en gardien d'une certaine mémoire militante, devenu mythique aux yeux de certains d'entre nous,
- proposer des alternatives à la consommation effrénée et pourquoi pas faire souffler sur la communauté un vent d'objection de croissance,
- etc...


Le site des Panthères pour vous faire une idée par vous-mêmes: http://www.pantheresroses.org/


15/03/2009

Les encres de François Henri Galland au Duplex

François Henri Galland est un jeune homme à la barbe broussailleuse, pas vraiment taillée. Il a le regard doux, le sourire timide et sur les bras une jolie forêt de poils fournis, hérissés, désordonnés.

Au Duplex, sur deux pans de murs se faisant face, il a disposé des portraits, une majorité d’hommes. Dans un joli foutoir à la composition aléatoire les visages dessinés à l’encre se répondent , ballotant notre regard d’un mur à l’autre.

FHG est un voyeur, casanier. Son « mode opératoire » consiste à naviguer sur internet, sur des sites de drague pédé notamment, et à voler l’image de ces hommes qui se donnent à voir, qui s’exposent. Plus besoin d’écarter les rideaux de la maison pour du regard violer l’intimité du voisin : internet s’en charge.

FHG est un scribe. Il calligraphie de la pointe de ses bâtons en bambous les visages de ces hommes virtuels. Il réécrit leur histoire, trace des zones d’ombres épaisses, laisse le bois du roseau composer des lignes plus légères, plus fines, plus humaines.
Certains visages ne sont que quelques lignes, quelques signes qui s’organisent dans le silence du papier blanc. D’autres sont saturés d’encre à l’extrême. Le papier gonflé de noir de chine est blessé par les coups violents et obliques des pointes de bambou.
Sur quelques portraits, FHG a déposé, timidement, comme pour ne pas gêner, quelques traces d’un rouge profond. D’un rouge sang, qui ramènerait quelques-uns de ses hommes à la vie.

Dans nos sociétés où les corps se surexposent, les yeux , ceux des hommes réécrits par François Henri Galland nous fixent de leurs regards noirs et profonds. Ils nous invitent à écrire une histoire avec eux. Une histoire, oui. Parfois dure, mais néanmoins belle. Une histoire charnelle, passionnée et douce. Non pas des histoires virtuelles chargées d’avenirs sans lendemain.

les oeuvres de françois henri galland son visibles sur http://francoishgalland.canalblog.com/

06/03/2009

une éducation libertine de jean-baptiste del amo


1760. Gaspard, un jeune homme quitte Quimper, son père tyrannique, sa mère folle et la porcherie familiale pour Paris.
il déambule dans cette ville sale, nauséabonde, suintante à la recherche d’un destin. un avenir flou qu’il cherche dans les artères de la ville lumière où il croise des hommes, des femmes, la misère composée d’âmes perdues, et confronte son corps à la violence des corps purulents, infectés. des liaisons qui tuent d’avance tout sentiment d’affection, tout attachement humain. Gaspard finit par faire corps avec cette ville fangeuse, en décomposition, étale.
la Seine, veine coupant la société parisienne en deux, n’aura de cesse d’imposer sa présence obsédante à Gaspard. il y plonge pour y travailler, il s’y reflète pour mieux voir la cruauté de sa déchéance et, ne supportant plus la stagnation qui le fait pourrir, il finit par traverser ce fleuve maudit dans l’espoir de donner plus d’éclat à son existence.

le fleuve parisien, métaphore centrale de l’ouvrage, devient le décor des projections chimériques du jeune homme. Gaspard devenu giton se métamorphose à chaque nouvelle rencontre, passant d’une réalité à une autre comme on passe d’une rive à l’autre. la fuite en avant qui semble être la seule issue le plonge dans un tourbillon de sensations, de sentiments abyssaux.
les gueux comme les aristocrates sont victimes de leurs désirs sexuels. loin du libertinage dix-huitièmiste et de la critique aristocratique d’un Choderlos de Laclos, le sexe abolit ici une forme de lutte des classes.

tous immoraux, tous égaux ?

les échos de cette éducation libertine sur les sexualités d’aujourd’hui jettent un éclairage pessimiste. la narration de ses affres, le cheminement psychologique et social de Gaspard évoquent la recherche et la perte identitaires dans une ville anonyme. sans âme, sans sentiments, les corps se donnent, se vendent, se négocient. ils s’étalent, s’offrent dans la toile des rues de Paris comme sur celle d’internet où s’étalent actuellement les nôtres, impudiques, immatériels. des corps exposés offerts en pâture, des âmes trop souvent asservies par un désir nihiliste de la chair.

Jean-Baptiste Del Amo évoque avec une écriture dense, brute, sensorielle, suskindienne, la matière sensible et fragile de nos corps, potentiellement lieux de souffrance. Ainsi, dans cette éducation libertine les corps sont martyrisés, meurtris, malades.

cet hommage au libertinage, à celui de Sade notamment, me fait alors écrire que ce n’est pas de ce type de rapports humains auquel j'aspire. trop sombres, trop chargés de souffrances, de meurtrissures que l’on s’impose, que l’on nous suggère depuis deux millénaires. à l’image du corps martyrisé d’un christ offrant ses plaies en modèle, qui meurt puis ressuscite en corps immatériel, en corps désincarné.

et pour aller dans le sens d'une proposition de Michel Onfray, à ce nihilisme de la chair, à ce type d’éducation libertine, je préfère de loin l’alternative de la « construction d’une érotique solaire », le souci d’un plaisir qui prend en compte le désir, le bien de l’autre et le sien propre.

Une éducation libertine de jean Baptiste Del Amo – Gallimard – 437p.


Proposition de lecture : Le souci des plaisirs, construction d’une érotique solaire de Michel Onfray – Flammarion – 191p, avec illustrations.